La Peur de la Sanction (1ère Partie)

A l’évidence, nous venons tous au monde avec quelques peurs très primitives héritées de nos lointaines origines animales et préhistoriques et que nous maîtrisons avec plus ou moins de succès. Nous avons peur des serpents puisqu’ils peuvent être mortels ; nous avons peur de la nuit puisqu’elle est l’instant de tous les dangers ; nous avons peur de l’eau puisqu’elle est le lieu de résidence de quelques terribles prédateurs ; nous avons peur du vide puisque la chute peut être mortelle, etc. Et toutes ces peurs sont là pour nous rendre vigilants afin d’éviter ces dangers.
Mais nous naissons aussi avec une autre peur: la peur de la sanction en termes de rejet ou de violence, une peur omniprésente et si puissante qu’elle dirige finalement chaque instant de notre vie, de la naissance jusqu’à notre dernier souffle, et sans que nous ne nous en rendions compte le plus souvent. A tel point qu’elle est, à mon avis, la cause de presque tous nos blocages existentiels et donc, par conséquence, de nombreux symptômes physiques, psychiques ou comportementaux, des plus bénins aux plus graves.

Nous sommes tous concernés

Nous sommes tous concernés à des degrés divers par cette peur, dès que par exemple : on craint le regard de l’autre ; on est timide ; on rougit facilement ; on brille par notre discrétion ; on se justifie sans cesse ; on manque de confiance en soi ; on redoute de prendre la parole en public ; on culpabilise ; on se sent honteux ; on est perfectionniste ; on ne sait pas dire non ; on pratique le mensonge (voir Néosanté n°5 – Oct. 2011) ; on est pudique ou superstitieux ; etc. etc.. La liste est longue, pour ne pas dire infinie.

La 5eme Gravité

Que l’on soit animal ou humain, je classe l’éventualité d’une sanction en termes de rejet ou de violence en cinquième position dans l’échelle des gravités :
– la première est de manquer d’oxygène : espérance de vie extrêmement limitée, à peine quelques minutes pour ce qui concerne notre espèce.
– la deuxième est de manquer d’eau : la déshydratation est rapidement mortelle, à peine quelques heures chez le nourrisson et quelques jours pour l’adulte.
– la troisième est de manquer de nourriture: c’est également mortel, d’autant qu’après quelques jours, on manque d’énergie pour trouver sa pitance et échapper au danger.
– la quatrième est de se retrouver dans la gueule du prédateur : même si on a parfois la chance d’en réchapper, c’est néanmoins le plus souvent mortel.
– et la cinquième gravité est donc d’être sanctionné : c’est une situation critique, plus particulièrement en milieu naturel.
Considérant qu’aujourd’hui nous avons peu de chance de mourir asphyxiés, que nous ne risquons pas de manquer ni d’eau ni de nourriture et qu’il n’y a plus de prédateurs dans nos contrées, cette peur de la sanction est devenue notre principale préoccupation.

Le Rejet

Être rejeté, banni, équivaut dans la nature à la peine capitale : un individu rejeté, quel que soit son âge, est condamné à mort. Car nous sommes des mammifères et notre survie dépend donc de notre mère au début de la vie : nos chances de survie sont réduites à zéro si elle nous rejette avant que nous soyons autonomes et indépendants. Nous sommes aussi des animaux sociaux, cela impliquant que nous dépendons des autres toute notre existence : un individu rejeté par son groupe n’a aucun espoir de survivre plus de quelques jours. Et le fait que nous ayons inventé l’orphelinat pour recueillir les enfants rejetés par leur mère et que nous vivions dans un monde où l’on peut parfaitement survivre même quand on est rejeté par son groupe n’y change rien. Notre cerveau archaïque nous croit en très grand danger dès lors que nous sommes confrontés au rejet d’une manière ou d’une autre ; lorsque nous sommes effectivement rejetés ; lorsque nous nous sentons rejetés ; ou encore lorsque nous avons peur d’être rejetés. Mais dans tous les cas, nous nous retrouvons à gérer une peur profonde pour notre vie sans forcément nous en rendre compte. Il est donc normal que les petits enfants se sentent si mal dès l’instant où ils sont séparés de leur mère puisque que, du point de vue de leur cerveau archaïque, le giron de la mère est le seul endroit où on a une toute petite chance de survie. Et il ne faut pas s’étonner que les enfants de la D.D.A.S.S soient tellement en souffrance : ils vivent toute leur enfance dans cette peur pour leur vie sans même le savoir puisque leurs besoins vitaux sont tous satisfaits. Cela dit, on peut se sentir rejeté pour moins que cela : il suffit d’avoir une mère froide même si par ailleurs elle nous aime et s’occupe bien de nous ; de croire à tort ou à raison qu’on n’a pas été désiré ; d’être confronté à l’arrivée du petit frère ou de la petite sœur parce qu’alors toute l’attention des parents se tourne vers le nouveau-né ; d’être victime de la moquerie des autres ; d’être confronté à une rupture ; d’être licencié ; d’être mis à la retraite ; etc.

La Violence

Être sanctionné par la violence est le plus souvent un moindre mal : mieux vaut prendre une bonne raclée plutôt qu’être rejeté ; c’est juste un mauvais moment à passer. Sauf que la violence peut être mortelle (surtout quand on est enfant) ou provoquer de graves blessures, ce qui revient au même en milieu naturel : un individu blessé est le plus souvent condamné à mort.

Et le fait que nous ayons statistiquement peu de chances d’être assassinés et que nous ayons inventé l’hôpital pour nous y faire soigner le cas échéant n’y change rien : notre cerveau archaïque nous croit en très grand danger dès lors que nous sommes confrontés à la violence d’une manière ou d’une autre, que l’on soit effectivement violenté ou que nous ayons seulement peur de l’être. Mais dans tous les cas aussi, nous nous retrouvons à gérer une peur profonde pour notre vie sans forcément nous en rendre compte.

Il ne faut pas non plus s’étonner si les enfants battus sont autant en souffrance puisqu’ils vivent en permanence dans cette peur pour leur vie sans vraiment le savoir. Cela dit, il suffit d’avoir «seulement» un père colérique par exemple pour être confronté au même problème car notre cerveau archaïque considère la colère de l’autre comme potentiellement mortelle puisqu’elle est souvent génératrice de violence.

A suivre…

J’affirme que cette peur de la sanction en termes de rejet ou de violence dirige notre vie : je ne manquerai pas de vous expliquer comment et à quel point dans les mois à venir.

Laurent Daillie

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